Cour constitutionnelle, , 3/02/2011

Filiation paternelle : la possession d’état mise à mal


La Cour constitutionnelle vient de prononcer un arrêt inquiétant en matière de filiation paternelle1. L’article 318, § 1er, du Code civil est déclaré contraire au droit à la vie privée et familiale2.

Selon cette disposition légale, la présomption de paternité du mari ne peut pas être contestée si l’enfant a la « possession d’état » vis-à-vis de cet homme, c’est-à-dire si ce dernier l’a toujours traité comme le sien3.

Le mari de bonne foi, qui découvre qu’il n’est pas le père biologique de son « enfant », ne peut dès lors agir en contestation de paternité, et ce afin de garantir à l’enfant la stabilité de la filiation paternelle.

Dans l’arrêt précité, la Cour critique cette fin de non-recevoir absolue qui fait prévaloir la réalité socioaffective sur la réalité biologique, sans possibilité pour le juge de tenir compte des faits et des intérêts de toutes les parties.

La remise en cause de la possession d’état est cependant dangereuse, car elle créerait une insécurité juridique et serait contraire à l’intérêt de l’enfant qui pourrait être privé d’un lien de parenté une fois la réalité biologique découverte.

453 - mai 2011

François De Grave
Avocat au barreau de Bruxelles, Chargé de cours à l’E.F.P., IFAPME, CERACTION

NOTES

1 C.C., 3 février 2011, n° 20/2011, www.const-court.be.

2 Art. 22 de la Constitution et art. 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme.

3 Art. 331nonies du Code civil.