La vente en liquidation


Dans certaines circonstances spécifiques, le commerçant est autorisé à pratiquer des réductions de prix allant jusqu’à la vente à perte. La vente en liquidation est l’une de ces situations dont la mise en œuvre est strictement encadrée par la loi.

L’article 40 de la loi sur les pratiques du commerce (« L.P.C.C. ») interdit à tout commerçant d’offrir en vente ou de vendre un produit à perte1. L’article 41 prévoit toutefois limitativement six exceptions, parmi lesquelles la vente en liquidation2. Il faut entendre par liquidation toute offre en vente ou vente qui est annoncée sous la dénomination « liquidation » ou sous toute autre dénomination équivalente3 et qui est pratiquée en vue de l’écoulement accéléré d’un stock ou d’un assortiment de produits. Les dispositions légales s’appliquent à toute forme de vente, qu’il s’agisse d’une vente à un consommateur ou non

La loi énumère de façon limitative les circonstances dans lesquelles peut avoir lieu une telle vente :

  • décision judiciaire ;
  • décès du vendeur ;
  • reprise d’un commerce ;
  • cessation des activités ;
  • fermeture ou déménagement d’un point de vente ;
  • travaux de rénovation de plus de vingt jours ouvrables ;
  • dégâts graves au stock provoqués par un sinistre ;
  • entrave importante apportée à l’activité (par exemple, des travaux dans la rue) ;
  • accès du vendeur à la pension.

Conditions

Les conditions que le vendeur doit respecter pour annoncer une vente en liquidation sont fixées par les articles 46 et suivants de la L.P.C.C.

1) Notification

Sauf dans les cas d’une vente en exécution d’une décision judiciaire, une notification préalable au S.P.F. Économie doit précéder toute liquidation ou annonce de liquidation. La vente ne pourra débuter que dix jours après cette notification ; par contre, l’annonce peut intervenir immédiatement après4.

2) Durée

Une vente en liquidation est limitée à cinq mois au maximum. En cas de liquidation pour cause de pension, la vente est limitée à un an. Aucune possibilité de prorogation n’est prévue.

3) Lieu

Sauf dans les cas de vente en exécution d’une décision judiciaire, toute vente en liquidation doit avoir lieu dans les locaux où des produits identiques étaient habituellement mis en vente soit par le vendeur lui-même, soit par le vendeur défunt ou cédant5.

4) Produits

Peuvent seuls être vendus en liquidation, les produits qui font partie du stock du vendeur le jour de la notification ou, en fonction des hypothèses, au moment de la décision judiciaire ou du sinistre6.

5) Réduction de prix

Tout produit vendu en liquidation doit subir une réduction de prix qui doit être réelle par rapport au prix habituellement pratiqué pour des produits identiques. Le vendeur doit faire référence au prix qu’il pratiquait antérieurement et d’une manière habituelle pour des produits ou services identiques. Sauf pour les produits susceptibles d’une détérioration rapide, aucun prix ne peut être considéré comme habituel s’il n’a pas été pratiqué pendant une période continue d’un mois précédant immédiatement la date à partir de laquelle le prix réduit est applicable.

428 - mars 2010

Guillaume Rue
Avocat au barreau de Bruxelles

NOTES

1 La loi du 14 juillet 1991 sur les pratiques du commerce et sur l’information et la protection du consommateur, M.B., 29 août 1991. Est considérée comme une vente à perte, toute vente à un prix qui n’est pas au moins égal au prix auquel le produit a été facturé lors de l’approvisionnement ou auquel il serait facturé en cas de réapprovisionnement.

2 Parmi les autres exceptions, l’on notera notamment, les ventes en solde, les ventes de produits susceptibles d’une détérioration rapide, ou encore les ventes de produits dont la valeur disparaît lorsque l’événement qui est à l’origine du besoin du consommateur est passé.

3 Ont ainsi été jugés équivalentes, les expressions « 20 % avant rénovation », « déstockage massif », « vente forcée volontaire », « vente sauvage au finish », « ce week-end tout doit partir »…

4 Ce délai de dix jours ouvrables tombe pour les ventes en liquidation effectuées à la suite d’un sinistre ou d’un cas de force majeure. Cette notification faite par lettre recommandée à la poste stipulera obligatoirement la date du début de la vente et devra invoquer et justifier l’existence d’un des cas visés ci-avant. Pour les détails pratiques de la notification, voy. http://economie.fgov.be

5 Le vendeur qui estime être dans l’impossibilité de se conformer à cette disposition, est tenu de solliciter du S.P.F. Économie une dérogation par lettre recommandée à la poste, en précisant les motifs invoqués ainsi que le lieu où il souhaite procéder à la liquidation.

6 Peuvent également être vendus en liquidation les produits qui, au moment de la décision judiciaire, au moment du décès du vendeur, au moment du sinistre, ou au moment de l’entrave, ont fait l’objet d’une commande qui peut être tenue pour normale, compte tenu de son importance et de sa date.